Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle ramène le fagot qui lui plaît. Birago Diop» 

Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Attaques terroristes • • mardi 8 janvier 2019 à 22h00min
Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

« Les Moosé, depuis des siècles, ont construit avec les Peuls des pactes d’amitié et de fraternité si solides (…) ». C’est par ce rappel que l’association Racines marque sa désolation face aux tueries survenues à Yirgou. La structure invite donc le gouvernement à prendre des mesures fortes pour le retour de la cohésion sociale.

Le Burkina est devenu, depuis 2015, une cible privilégiée des terroristes avec son lot important de drames humains (des centaines de morts, de blessés et de réfugiés). Circonscrites d’abord dans les régions du Sahel et du Nord, les attaques ont atteint désormais l’Est, la Boucle du Mouhoun, le Nord, le Centre-nord et l’Ouest ; autant dire que tout le Burkina est dans le viseur des terroristes dont l’objectif ultime est de détruire l’Etat et ses institutions afin d’instaurer une dictature aux antipodes des valeurs que les Burkinabè ont en partage depuis des siècles.

Il n’existe aucune justification pour le terrorisme, en dehors de la barbarie et de la volonté de nuire et de détruire. Chercher à trouver un sens à une telle bestialité, c’est faire injure à l’intelligence et à l’histoire des peuples. Le mode opératoire est classique et éprouvé. Il s’agit de s’en prendre aux symboles de l’Etat et de semer la défiance entre les populations et les garants des libertés que constituent les gouvernants et les forces de défense et de sécurité. Le harcèlement de celles-ci vise à semer le doute et à saper le moral des troupes afin de rendre toute résistance vaine et inutile.

L’année nouvelle semble marquer un tournant décisif dans la violence et la récurrence des attaques. Après les forces de défense et de sécurité, les terroristes semblent s’acheminer vers un nouveau mode opératoire qui consiste à s’attaquer aux autorités traditionnelles, coutumières et religieuses. Un tel changement est lourd de menaces car il va nécessairement induire un cycle de représailles contre des innocents qui auront eu le malheur de se retrouver aux mauvais moments et aux mauvais endroits.

C’est le sens de la monstruosité qui vient de se produire à Yirgou. En effet, ni l’état d’urgence déclaré dans quatorze provinces, ni les déclarations des gouvernants, ni les prières dans les lieux de culte, ni les marches et les déclarations de soutien aux forces de défense et de sécurité n’ont empêché les terroristes de s’en prendre impunément, et en plein jour, à une figure emblématique de la culture et de la cohésion sociale, en l’occurrence la personne sacrée du chef du village. En ces moments douloureux, l’Association Racines exprime ses condoléances à toutes les familles endeuillées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés et un retour au bercail à ceux qui ont dû fuir leurs villages.

Il nous faut mesurer à sa juste valeur le sens de l’acte qui vient d’être accompli. En assassinant publiquement le chef du village et sa famille au milieu des siens, le terrorisme vient de s‘en prendre aux valeurs traditionnelles et aux identités premières des Burkinabè.
Il s’agit de faire perdre les repères aux populations qui continuent de manifester un intérêt et une attache aux valeurs endogènes préislamiques, préchrétiennes et précoloniales. Il s’agit véritablement d’une arme de destruction massive car, une fois les repères perdus, les populations, égarées et hors de contrôle, se lancent dans une opération de vendetta, faisant ainsi l’affaire des terroristes.

L’Association Racines condamne avec la dernière énergie le terrorisme et se refuse à lui trouver la moindre circonstance atténuante. Elle condamne également avec la même détermination les actes de représailles aveugles qui sont teintés de xénophobie contre les Peuls. Faut-il rappeler que les Moose, depuis des siècles, ont construit avec les Peuls des pactes d’amitié et de fraternité si solides que toute la culture des Moose est traversée et enrichie par l’apport des Peuls.

C’est une abomination que des Moose, même sous le coup de la douleur et de la colère, s’en prennent à des Peuls dont la culpabilité dans le drame qui s’est déroulé n’a été nullement prouvée. Il n’est pas digne et raisonnable que des liens de sang qui ont été construits par les ancêtres, à travers les alliances à plaisanterie, les mariages inter-ethniques et l’existence de groupes métissés que sont les Silmi-moose, soient défaits aussi facilement au détour d’un acte crapuleux perpétré par des individus sans foi ni loi.

Désormais les femmes et les enfants peuls, survivants du drame, sont marqués à vie et auront du mal à se reconstruire face à ceux qui se présentent désormais comme leurs bourreaux. Il urge par conséquent que des mesures énergiques soient prises par les gouvernants pour mettre fin aux cycles de représailles :

-  en apportant assistance et protection à toutes les victimes ;
-  en retrouvant les auteurs de la tuerie ;
-  en actionnant l’appareil judiciaire pour juger tous les meurtriers ;
-  en criminalisant tous les actes xénophobes ou racistes ;
-  en organisant des rituels de purification sur tous les sites où l’on a violé le pacte entre Peuls et Moose ;

-  en érigeant des stèles funéraires sur les sites des drames humains ;
-  en instaurant les alliances et les parentés à plaisanterie comme une matière à enseigner dans le système éducatif.
- 
L’Association Racines invite toutes les autorités traditionnelles, coutumières et religieuses à s’impliquer dans la lutte contre le terrorisme afin d’épargner à notre pays les affres de l’intolérance et de la guerre civile. Elle exhorte les populations à un sursaut patriotique et invite les dirigeants à afficher une plus grande détermination à combattre le terrorisme à travers des actes efficaces. Enfin, elle interpelle la communauté internationale à un engagement sincère contre la vente et la circulation des armes illicites en provenance des pays développés.

Fait à Ouagadougou, le 4 janvier 2019
Racines

Vos commentaires

  • Le 8 janvier à 23:11, par indigné En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    Le Burkina je l’espère bien n’est pas devenu un pays xénophobe ?! Pour nous démontrer le contraire on attend comment les enquêtes sur yirgou vont aboutir.

    Répondre à ce message

  • Le 8 janvier à 23:50, par Apaisons nous En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    Ce que vous reprocher aux auteurs des actes de Yirgou c’est ce que vous même êtes en train de véhiculer. De la même façon que les actes du groupe de Kouffa et Malam ne peuvent pas être mis sur le dos des Peuls, en quoi les actes des auteurs des évènements de Yirgou peuvent être mis sur le dos de Mossis ?
    C’est ce genre de raisonnement uni-jambiste et tendancieux qui a conduit un pseudo analyste politique à tenir sur un plateau télé des propos tendant à inciter les terroristes à s’attaquer désormais à cette communauté, leur donnant même des tuyaux en disant que cette communauté est éparpillée et qu’ils sont même dans telle localité et telle localité

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 00:15, par caca En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    C’est une abomination que des Moose, même sous le coup de la douleur et de la colère, s’en prennent à des Peuls dont la culpabilité dans le drame qui s’est déroulé n’a été nullement prouvée. Il n’est pas digne et raisonnable que des liens de sang qui ont été construits par les ancêtres, à travers les alliances à plaisanterie, les mariages inter-ethniques et l’existence de groupes métissés que sont les Silmi-moose, soient défaits aussi facilement au détour d’un acte crapuleux perpétré par des individus sans foi ni loi.

    Désormais les femmes et les enfants peuls, survivants du drame, sont marqués à vie et auront du mal à se reconstruire face à ceux qui se présentent désormais comme leurs bourreaux. Il urge par conséquent que des mesures énergiques soient prises par les gouvernants pour mettre fin aux cycles de représailles :
    C’est cette stigmatisation sur des moose qui risque de compromettre la réconciliation et le vivre ensemble des communautés identitaires. Le massacre n’était pas un choix délibéré des moose bien une suite à une agression qui reste à élucider de qui est dernière ça. Yirgou est devenu un fond de commerce pour des personnes mal intentionnées de faire de l’amalgame afin de créer la haine raciale. La douleur est partout chez les moose comme chez les peulhs. Il faut dans cette affaire de la modération d’esprit et de retenue de la part des associations. Les koglewéogo mossi n’ont ciblés les peulhs parce qu’ils sont peuls, mais suite une agression qui a quand coûté la vie de leur chef et quelqu’uns des leurs. Leur réaction est répréhensible devant la loi certes, mais à dire que les moosé ont tués des peulhs est une pure dramatisation des faits. Chacun doit garder raison dans ces moments d’incompréhension.

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 11:02, par SAAFI En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    A Gaoua en août 2012, la tuerie de 25 peulhs
    Affrontement entre communautés peulh et bissa dans la commune rurale de Zabré faissant 7 morts et de nombreux déplacés. C’était en fin 2012.
    Aujourd ‘hui c’est à Yirgou avec 43 morts. Il faut que ça s’arrête car vous sommes au 21 siècles et chaque Burkinabé doit se sentir partout où il est au Burkina Faso. Eviter de se faire justice soit même, sinon on fini dans des actes qu’on ne pourra pas corriger. Plus jamais ça.

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 11:18, par soundjata En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    je suis d’accord avec "apaisons nous" quand il dit k les kolgweogo de la région de Boulsa, Barsalogo & Arbinda ne représentent pas tous les mossis par conséquence leurs actes n’engagent qu’eux. beaucoup de mossi du burkina ont présenté leurs condoléances aux amis , voisins & parents peulhs et sont de coeur et d’esprit avec eux. kan à M. CACA qui dans toutes ses interventions précédentes a magnifié et soutenu les actes de ces koglwéogo de Boulsa et environnants dans le massacre des Peulhs, je vois à mon étonnement et avec plaisir qu’il devient plus tempéré,

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 15:56, par YAWOTO En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    Mes condoléances à tous ceux qui ont été victimes à YIRGOU ( et pas seulement à une ethnie particulière).Ce qui peut être circonscrit à YIRGOU et trouver une solution à YIRGOU doit l’être, et non généralisé. Tous ces opportunistes qui veulent faire des évènements de YIRGOU un fonds de commerce doivent être CONDAMNES !. Pourquoi et comment en est-on arrivé à ces histoires de " stigmatisation d’une communauté" " conflit de communauté" etc etc. En dehors de cet évènement et des conflits qui peuvent survenir dans un espace de cohabitation somme toute normale, même entre voisin il arrive qu’on se rentre dedans, que ceux qui avancent ces thèses apportent des preuves de ce qu’ils avancent en situation normale. Qu’elle personne a été victime de maltraitance quelconque au Burkina du fait de son appartenance ethnique ? Que tous ces gueulards nous apportent les preuves !!!

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 16:28, par LE COQ CHANTE En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    Si c’était une autre ethnie qui se trouvait sur le site et que les évènements se passaient comme c’est raconté est-ce qu’il en aurait été autrement ? Ce n’est pas parce que ce sont des peuhls qu’il y a eu massacre. Alors évitons de mettre de l’huile sur le feu en apportant des arguments sans profonde réflexion.

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 23:20, par YIOU En réponse à : Drame de Yirgou : L’association Racines invite le gouvernement à mettre fin au cycle de représailles

    tant que d’aucun penseront toujours que ces ’’barbares’’ doivent encore demeurer dans ce pays, soyez sûrs que nous sommes encore à quelques pas de la guerre civile.

    Répondre à ce message

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 Articles de la même rubrique
Lutte contre le terrorisme : « Il faut d’abord que les chefs coutumiers soient bien informés »
Situation sécuritaire : Le SPONG apporte son soutien au gouvernement
Attaques du café Cappuccino : Trois ans après, les activités commerciales tournent toujours au ralenti
Burkina : Les FDS victimes des préjudices des attaques terroristes bientôt indemnisées
Attaques terroristes : Il y a trois ans, le temps s’arrêtait sur Kwamé-N’krumah
Assemblée nationale : 127 députés, 127 millions de francs CFA pour soutenir les FDS
Tapoa : Un forestier tué au cours d’une mission anti braconnage
Violences à Yirgou : Une marche silencieuse à Ouagadougou pour dire non à la stigmatisation ethnique
Ouagadougou : Un automobiliste arrêté après avoir tenté de forcer les barrières du camp Guillaume
Marche de protestation à Dori contre le drame de Yirgou : les communautés vivant au sahel adressent une lettre au président du Faso
Drame de Yirgou : l’UNIR\PS condamne une barbarie aveugle
Situation nationale : Le CDP appelle les populations à la retenue
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter


LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2018 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés